"J'ai besoin d'écrire des mots, les mots que j'aurais tellement voulu lui dire et que je lui dirais peut-être un jour. On ne dit pas toujours ce qu'on ressens au bon moment, on le cache jusqu'à ce que le tableau noircisse, et ensuite, l'on tente d'effacer.
J'écris dans l'urgence, parce que j'ai bien conscience que ce que je fais est inintéressant.
"Cela n'a aucun intérêt, c'est pour ça que je le fais", quelques mots gribouillés des années plus tôt, qui n'ont plus de sens aujourd'hui.
A être trop dépendant des gens, à leur demander trop tout le temps, l'on finit par ne plus rien oser leur demander du tout. A en demander trop à la vie, l'on finit par ne plus rien oser en exiger. Pourquoi agir ainsi pendant des années sans changer de peau, je ne sais pas, mais sans doute autre chose qu'un manque de volonté. L'exigence d'être protégé, de plus en plus présente, pour masquer le vide que représente la vie sans passion intellectuelle et sans amour, qui a pourtant son importance, puisque c'est la vie. A trop dire, à trop expliquer, l'on finit par ne plus rien savoir dire d'important, de vraiment juste. Ce que j'aurais voulu lui dire. C'est sans doute pour ça que ça n'a pas fonctionné, la machine, mais au fond, je n'en sais rien, je ne lui parle plus pour éviter de parler juste afin de combler mon vide, et tout simplement parce que trop d'erreurs m'éloignent des gens, trop d'erreurs commises, trop de "laisser-aller", trop de difficulté à échanger et à vivre avec eux, avec ce bordel qui est le mien.
Que lui aie-je demandé avec le recul? Rien et c'est bien cela le problème, car rien voulait dire tout, rien était quelque chose d'énorme, et les gens, et moi-même, ne peuvent faire autrement que de le sentir. A t-on le droit d'encombrer ainsi quelqu'un de son corps et du poids de son passé? dans les films, oui. Dans la vie, non. Le rêve n'y a pas sa place, le rêve est stupide, et ce n'était même pas un rêve, c'était une volonté inconsciente. Rien veut dire tout, et tout ne veut rien dire, tout n'existait pas.
Je regrette de ne pas avoir su changer de peau au bon moment, mais en même temps, aie-je le choix? dois je tout le temps m'aveugler de questions et de reproches, au point de ne plus percevoir les défauts des autres? cette peau est la mienne, et je l'aime. Il faut savoir le reconnaître au bon moment. De toute manière, cela ne pouvait se passer autrement, à trop vouloir préserver ce que je voulais préserver, je n'ai su que m'inquiéter et m'angoisser. Vais-je changer, oui, tout doucement, je changerais.
J'ai besoin d'écrire ces mots, car je n'ai su être que dépendante, passant à côté de ma propre existence et lorgnant sur celle des autres, lorgnant sur la sienne comme sur celle des autres. Et je voudrais que les deux existences se rencontrent, mais comment serait-ce possible, dans le fond, si la mienne est transparente, aussi claire que de l'eau de roche, et qu'elle ne reflète que la sienne, comme celle des autres? Cette tentation de la chercher tout le temps, cette impossibilité d'organiser ma vie sans avoir des nouvelles, ce refuge que je trouvais dans sa vie, tout cela n'était qu'une sorte d'énorme connerie qui m'a explosé à la figure comme une bulle de savon nauséabonde. Quand je ne sais même pas ce que je veux, quand je ne sais même plus ce que j'aime, quand je ne sais pas où je vais, quand je ne sais plus qui je suis, quand je ne sais même plus qui elle est, quand je ne suis même pas fière, et très honteuse, de cette ignorance, comment faire pour ne pas lui demander de répondre elle-même à ces questions, tout en sachant qu'elle en est incapable?
Le fait est ce que c'est ainsi, rien ne sert de se retourner, sinon à essayer de comprendre. Pour combler ce vide."
( c'est pas très réussi)...
Ôi