L'enfance

L'enfance
"Un thème est présent, d'une façon quasi-obsessionnelle dans l'oeuvre de Salinger, l'enfance, l'adolescence. (...). Tout se passe comme si pour la plupart des êtres, entre la fin de l'adolescence et le commencement de l'âge adulte, quelque chose était irrémédiablement perdu: une certaine qualité morale. Car l'enfance n'est pas le temps de la gentillesse, de la facilité, des sourires, mais bien plutôt celui de la rigueur, de l'intransigeance, de la non-compromission. L'enfance n'est pas nécessairement, et même chez Salinger, elle n'est jamais, un "vert paradis"-motif de doux regrets et d'attendrissement: elle est un domaine spirituel d'où l'on a été exclu, un langage qu'on a oublié, ou dont on a perdu la clef; et cette frustation est ressentie comme une souffrance, elle est la source d'une nostalgie lançinante."

Jean-Louis Curtis, Préface des "Nouvelles"

# Posted on Friday, 07 August 2009 at 1:10 PM

Un jour rêvé pour le poisson-banane....

Un jour rêvé pour le poisson-banane....
"Mademoiselle Carpenter, je vous en prie, je connais mon métier, dit le jeune homme. Tout ce que tu as à faire, c'est d'ouvrir les yeux bien grands pour voir les poissons-bananes. C'est le jour rêvé pour le poisson-banane.
-J'en vois pas, dit Sybil.
- Ca se comprend. Ils ont des habitudes bizarres, très bizarres.
-Ils ont un sort tragique, dit-il. Tu sais ce qu'ils font, Sybil?
Elle fit non de la tête.
-Eh bien, ils entrent dans un trou, où il y a plein de bananes. Quand ils entrent, ce sont des poissons comme les autres. Mais une fois dedans, ils se conduisent comme des cochons. Tu sais, j'ai vu une fois un poisson-banane rentrer dans un trou à bananes et en manger pas moins de soixante-dix huit.
Il poussa la bouée et son occupante un peu plus loin vers le large.
-Naturellement, après, ils sont si gras qu'ils ne peuvent plus sortir du trou. Ils ne peuvent plus repasser la porte.
-Pas trop loin, dit Sybil. Qu'est-ce qui leur arrive?
-Qu'est-ce qui arrive à qui?
-Aux poissons-bananes.
- Oh, tu veux dire, après qu'ils ont mangé tant de bananes et qu'ils ne peuvent plus ressortir du trou?
-Oui, dit Sybil.
-Et bien, ça me crève le coeur de te le dire, Sybil, ils meurent.
(...

J.D Salinger, Nouvelles.
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Friday, 07 August 2009 at 7:00 AM

Edited on Saturday, 28 November 2009 at 1:26 PM

constatation pour celle que j'aime

"J'ai besoin d'écrire des mots, les mots que j'aurais tellement voulu lui dire et que je lui dirais peut-être un jour. On ne dit pas toujours ce qu'on ressens au bon moment, on le cache jusqu'à ce que le tableau noircisse, et ensuite, l'on tente d'effacer.
J'écris dans l'urgence, parce que j'ai bien conscience que ce que je fais est inintéressant.
"Cela n'a aucun intérêt, c'est pour ça que je le fais", quelques mots gribouillés des années plus tôt, qui n'ont plus de sens aujourd'hui.
A être trop dépendant des gens, à leur demander trop tout le temps, l'on finit par ne plus rien oser leur demander du tout. A en demander trop à la vie, l'on finit par ne plus rien oser en exiger. Pourquoi agir ainsi pendant des années sans changer de peau, je ne sais pas, mais sans doute autre chose qu'un manque de volonté. L'exigence d'être protégé, de plus en plus présente, pour masquer le vide que représente la vie sans passion intellectuelle et sans amour, qui a pourtant son importance, puisque c'est la vie. A trop dire, à trop expliquer, l'on finit par ne plus rien savoir dire d'important, de vraiment juste. Ce que j'aurais voulu lui dire. C'est sans doute pour ça que ça n'a pas fonctionné, la machine, mais au fond, je n'en sais rien, je ne lui parle plus pour éviter de parler juste afin de combler mon vide, et tout simplement parce que trop d'erreurs m'éloignent des gens, trop d'erreurs commises, trop de "laisser-aller", trop de difficulté à échanger et à vivre avec eux, avec ce bordel qui est le mien.
Que lui aie-je demandé avec le recul? Rien et c'est bien cela le problème, car rien voulait dire tout, rien était quelque chose d'énorme, et les gens, et moi-même, ne peuvent faire autrement que de le sentir. A t-on le droit d'encombrer ainsi quelqu'un de son corps et du poids de son passé? dans les films, oui. Dans la vie, non. Le rêve n'y a pas sa place, le rêve est stupide, et ce n'était même pas un rêve, c'était une volonté inconsciente. Rien veut dire tout, et tout ne veut rien dire, tout n'existait pas.
Je regrette de ne pas avoir su changer de peau au bon moment, mais en même temps, aie-je le choix? dois je tout le temps m'aveugler de questions et de reproches, au point de ne plus percevoir les défauts des autres? cette peau est la mienne, et je l'aime. Il faut savoir le reconnaître au bon moment. De toute manière, cela ne pouvait se passer autrement, à trop vouloir préserver ce que je voulais préserver, je n'ai su que m'inquiéter et m'angoisser. Vais-je changer, oui, tout doucement, je changerais.
J'ai besoin d'écrire ces mots, car je n'ai su être que dépendante, passant à côté de ma propre existence et lorgnant sur celle des autres, lorgnant sur la sienne comme sur celle des autres. Et je voudrais que les deux existences se rencontrent, mais comment serait-ce possible, dans le fond, si la mienne est transparente, aussi claire que de l'eau de roche, et qu'elle ne reflète que la sienne, comme celle des autres? Cette tentation de la chercher tout le temps, cette impossibilité d'organiser ma vie sans avoir des nouvelles, ce refuge que je trouvais dans sa vie, tout cela n'était qu'une sorte d'énorme connerie qui m'a explosé à la figure comme une bulle de savon nauséabonde. Quand je ne sais même pas ce que je veux, quand je ne sais même plus ce que j'aime, quand je ne sais pas où je vais, quand je ne sais plus qui je suis, quand je ne sais même plus qui elle est, quand je ne suis même pas fière, et très honteuse, de cette ignorance, comment faire pour ne pas lui demander de répondre elle-même à ces questions, tout en sachant qu'elle en est incapable?
Le fait est ce que c'est ainsi, rien ne sert de se retourner, sinon à essayer de comprendre. Pour combler ce vide."

( c'est pas très réussi)...

Ôi
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Wednesday, 05 August 2009 at 2:25 PM

Edited on Thursday, 19 November 2009 at 2:53 PM

Peur

Peur
Image: Nuit étoilée ( Vincent Van Gogh)


Elle chantait dans un bar, toujours le même bar.... sa voix portait haut, vers des hauteurs innatendues, elle éclaboussait de printemps et d'odeurs l'atmosphère rouge et brûlantes de ces grandes salles. Je l'observais, rongeant mes ongles. Depuis toujours, j'avais été habituée à pleurer, cette angoisse qui monte et brûle mes yeux, toujours la même angoisse, et toujours cette envie de trouver un refuge, toujours le même refuge. Peur de la vie, peur de la mort. Il poussait sa gueulante, toujours la même gueulante, et j'avais comme envie qu'il m'emporte dans son souffle. Je l'avais connue avant, et ça me confortait dans l'idée que nous n'avions plus rien en commun. J'étais absente à son monde, je n'y avais plus ma place, et cette absence me confortait dans l'idée qu'il me fallait, obstinément, le poursuivre et regagner mon territoire, toujours le même territoire, désespérément, en désespoir de cause à défendre, dans laquelle se débattre. Peur de la vie, peur de la mort.
Angoisse universelle, mais l'univers ne me disait rien qui vaille ce soir, lui et ses gouffres noirs, ces planètes défendues, cet obscur abîme de vide béant, ce "néant", ce "rien", ce "non-sens", cet absurde dit et re-dit, et finalement dépouillé de son sens, de sa substance, son manque de substance, son propre "rien", comment le dire, toujours la même redite, toujours le même abîme, le même abîme pour tous. Je savais qu'un jour, c'était inévitable, moi aussi j'allais disparaître. Mais je voulais m'en rendre compte, oui, aussi étrangement et vainement que cela puisse paraître, je voulais m'en rendre compte. Je voulais savoir comment, pourquoi. Sans souffrances, si possible. Je ne voulais pas perdre, je voulais juste voir pourquoi j'avais perdu, voir le "derrière" des choses, le dessous de la surface. Mais mes pauvres pensées d'humaine se bloquaient et se rétractaient, et alors, je voulais simplement, oui, simplement, être toujours dans le même bar, mais n'être plus à la même distance, même distance qu'elle, cette fille que j'étais avant,, dans ce bar, et entendre sa voix, toujours la même voix. Peur de l'ennui, peur des temps morts. Je savais que lui et moi, nous ne pourrions jamais être ensemble, ce n'était pas possible, mais pas pour des raisons superficielles, de celles que l'on invente pour se rassurer: nous ne pouvions pas être ensemble, parce que j'étais absente de ce monde, j'étais absente de son monde, et que rien ne pourrait m'y raccrocher, quel que soit le crochet, quelle que soit mon endurance, et pourtant j'étais bien, toujours dans ce même bar, à écouter sa voix, l'orchestre symphonique de sa voix, la fête violente et colorée de sa voix, les sons sans cesse répétés comme crachés par des enceintes d'une quelconque boîte de nuit, les éclairs rageurs et foudroyants de sa voix, sa voix jusque dans mes cauchemars les plus fous, sa voix. Je voulais simplement qu'il m'aime, parfois, mais je savais très bien profondément qu'au-delà de sa voix et de l'effet qu'elle me procurait, il n'y avait pas d'autre fantaisie envisageable. Je me refusais tout simplement à cette idée, parce que ça aurait été basculer, dans une sorte de folie. Et je ne voulais pas devenir folle. Je voulais juste rester toujours dans le même bar, toujours dans cet endroit, étroit, toujours rester dans cet étroitesse soudaine du bar et de sa voix, l'édredon chaud et étouffant de sa voix, les palpitations convulsives contenues dans sa voix, qui retentissaient dans ma poitrine. Mes ongles rongées expréssement, terriblement. Nul ne pouvait deviner la somme de violences qui se dissimulait sous la peau des extrémités de mes doigts, cette toute petite partie de moi, cette minuscule partie de moi insignifiante, sous laquelle mes dents s'acharnaient. Je n'avais pas mal, alors. J'avais seulement peur, tout simplement peur, peur de ne plus pouvoir rester avec la voix, la voix du chant, le chant de mon monde, ce chant qui pour lui n'était en réalité que celui de mon monde, un monde qu'elle ignorait, alors même qu'elle pensait le maîtriser parfaitement, ma beauté nue, avec sa propre puissance, mais la puissance, en elle-même, m'était indifférente par rapport à tout le reste. Comment peut-on prêter la moindre attention à la puissance? Alors que l'impuissance est si intéressante. Si intéressante à observer, si intéressante à méditer. Il se passe tant de choses, quand on est impuissant. En réalité, oui, tant de choses. Je suis restée dans le bar, tout le temps qu'il fallait, tout ce même temps qu'il fallait. Peur de la vie, peur de la mort. Peur de l'ennui. Peur des temps morts.

[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Tuesday, 04 August 2009 at 6:25 AM

Edited on Thursday, 19 November 2009 at 2:53 PM

fuit

fuit
Rentrez dans la ronde, et rentrez dans la joyeuse ronde, du célibat.
Goûtez aux nuits blanches, au café amer, à en faire, oui, à en faire, bien, comprenez-le, les cent pas.
Sous la corolle blanche, de l'écran du soir, goûter à ce monde, virtuel des délices, des sombres attraits, des vieilles hélices, des amours sans foies, imbibés d'alcool, sous les vieilles lois, des fous dans leur geôle.
Imaginez-vous, plusieurs vies, plusieurs soirs, des nuits toutes semblables, tout comme dans les films, où ça clique, où ça brille, où ça vous titille, la libido terne, et rentrez dedans, tout comme dans un rêve.
Et vous aimerez ça.
Tapez mille fois, sous mille faux noms, mille faux espoirs, et changez de ton, changez de cafard, changer d'hameçon, sans changer de draps.
Le son, le sang, la couleur, la folie.
La réalité que l'on fuit.
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Monday, 03 August 2009 at 2:29 PM

Edited on Tuesday, 04 August 2009 at 6:34 AM